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Qui mieux que Honoré
de Balzac , peut expliquer le mot «Rabouilleux». Voici un extrait
de son oeuvre «La Rabouilleuse», écrite en 1842.
«La
fille quasi nue, portait une méchante jupe courte trouée
et déchiquetée, en mauvaise étoffe de laine alternativement
rayée de rouge et de blanc...
Sa jolie poitrine hâlée,
son cou à peine couvert par un fichu en loques, qui jadis fut un
madras, montrait des places blanches au-dessous de hâle. La jupe,
passée entre les jambes, relevée à mi-corps et attachée
par une grosse épingle, faisait assez l'effet d'un caleçon
de nageur. Les pieds, les jambes, que l'eau claire permettait d'apercevoir,
se recommandaient par une délicatesse digne de la statuaire au Moyen-Age.
Ce charmant corps exposé au soleil avait un ton rougeâtre
qui ne manquait pas de grâce. Le col et la poitrine méritaient
d'être enveloppés de cachemire et de soie. Enfin, cette nymphe
avait des yeux bleus garnis de cils dont le regard eût fait tomber
à genoux un peintre et un poète.
Rabouiller est un mot berrichon
qui peint admirablement ce qu'il veut exprimer: l'action de troubler l'eau
d'un ruisseau en la faisant bouillonner à l'aide d'une grosse branche
d'arbre dont les rameaux sont disposés en forme de raquette. Les
écrevisses effrayées par cette opération, dont le
sens leur échappe, remontent précipitamment le cours d'eau,
et dans leur trouble se jettent au milieu des engins que le pêcheur
a placé à une distance convenable.
Flore Brasier tenait à
la main son rabouilloir avec la grâce naturelle à l'innocence...»
Extrait de La Rabouilleuse
Honoré de Balzac 1842