ALBERT DAUGERON

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Présentation de l'homme
Sa passion: la musique
En reconnaissance pour ses talents de musicien et surtout pour ses activités musicales au service des jeunes, Albert Daugeron a reçu beaucoup de médailles:
-Médailles d'honneur des Sociétés Musicales et Chorales: 12/07/1949
-Chevalier dans l'ordre des Palmes académiques: 28/01/1981
-Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres: 07/01/1981
Auteur compositeur SACEM:
Albert Daugeron est entré à la Sacem le 18/09/1969, en tant qu'auteur-compositeur, parrainé par La Houra reine de la chanson des années trente, et par Jean-Louis Boncoeur. Il a alors déjà composé plus d'une cinquantaine d'airs qu'il dépose.
L'harmonie qu'il a étudiée pendant deux ans à l'âge des 16 ans lui a bien servi pour la Société des Auteurs et compositeurs puisqu'il était obligé d'harmoniser ses oeuvres faites à l'origine pour la vielle. Il s'agissait, avant tout, d'inscrire des oeuvres anciennes composées avant la guerre et jouées avec son frère Octave et tellement de maîtres sonneurs qu'on pouvait presque les prendre pour des airs du folklore traditionnel, et des airs plus récents faits à la mode ancienne: la Berriaude, la Polka de Lourouer, la Marche de la Châtre, la Valse à Albert...
L'oeuvre principale est un concerto en quatre mouvements «Images du berry». Des compositions pour vielle seule: Murmure des bois, Nuit Romantique, ... étaient jouées sur la chanterelle (1 seule corde sur 6).
La télévision qui a tourné en Bas-Berry les romans célèbres de george Sand, a fait appel à ses talents de musicien et aussi de compositeur, si bien que certains airs sont joués à l'étranger par film interposé.
Voir la liste des oeuvres d'Albert Daugeron
Harmonie Municipale:
Il est entré à l'harmonie municipale de La Châtre en 1929. Ensuite, chef de 1962 à 1965 puis de 1971 à 1982. En 1971, il a créé un orchestre de jeunes et une école de musique.
Les gâs du berry:
Membre à la société des gâs du berry depuis 1928 (14 ans) jusque dans les années 90. Cette société, était dès sa création une société musicale de sonneurs de vielles et de cornemuses réputée dans tout l'hexagone.
Toujours dans cette société, il est nommé:
- sous-chef le 08/07/1955
- chef: le 08/04/1962
- vice Président, le 25/10/1973
Il a formé plusieurs dizaines de jeunes musiciens, tant en solfège quà l'apprentissage d'un instrument (vielle, cornemuse, trompette, violon, violoncelle, et beaucoup d'autres!). Elève vielleuse de mon grand-père, je lui dois mon doigté et mon coup de poignet, et je le remercie de m'avoir communiqué tout ce que j'ai appris à ses côtés, même si les souvenirs de certaines leçons sont douloureux pour la petite fille que j'étais.
Voir la photo d'Albert DAUGERON en duo avec moi-même lors de mon mariage
 
 

  Biographie
Le début de siècle en berry
Remontons presque un siècle en arrière, au début du XXème siècle.
Un homme et une femme fondait une famille, dans ce Bas Berry de la Bonne Dame, George Sand, la châtelaine de Nohant. Peu d'argent, pas de vacances, pas de loisirs, une vie de travail et de menus plaisirs, ceux de la fête au village, l'»Assemblée» comme disent les Berrichons.
"Les Maîtres Sonneurs" de George Sand montre bien l'importance de ces animateurs indispensables autour desquels s'organisait la fête, ses chants, ses danses, ses beuveries aussi. En un jour, on faisait provision pour toute une année, de cette joie populaire, car la vie était rude dans cette province pauvre.
Être Maître Sonneur c'était, à cette époque, être reconnu comme une figure populaire synonyme de joie, mais c'était aussi des jours et des nuits interminables de musique, de fatigue. Ensuite chacun repartait, qui à pied, qui à vélo, qui à cheval, mais rarement en voiture, chargeant ses instruments, faisant des kilomètres par tous les temps pour reprendre son travail au petit jour avec au plus, une petite heure de repos.

Une famille de musiciens au XX ème siècle en Berry
Le grand-père d'Albert (le cadet des frères Daugeron) était né dans une famille d'agriculteurs, une grande famille puisqu'il y avait 10 enfants. Parmi ses derniers, il y a Henri, le Père d'Albert. Henri était sabotier coiffeur, établi à Vicq-Exemplet et né à La Berthenoux, le 1er Septembre 1879. Sa femme Julia était couturière. Ils ont élevé 5 enfants, dont 2 garçons Octave et Albert (les Frères Daugeron).
Lors du tournage du film «Jour de fête» de Jacques Tati, à Sainte Sévère, Henri apparaît soufflant de tout son coeur dans sa clarinette.
Octave Daugeron est né à vicq-exemplet le 11/06/1901. De 13 ans son cadet, son frère Albert Daugeron naissait dans le même village de la Vallée Noire, le 20/09/1914. Coïncidence, Albert né en Septembre de l'année de la Grande Guerre, allait se marier en septembre 1939 juste à la déclaration de la seconde Guerre Mondiale.
La grande guerre, les années terribles! Les villages se sont vidés des hommes valides partis en 1914, la fleur au fusil, dans de beaux uniformes bleus et rouges.
Ils ne savaient pas qu'ils vivraient quatre ans d'une guerre de tranchée dont beaucoup ne reviendraient plus, quatre années où le travail des champs serait fait par les femmes et les anciens.
Une carte postale de Vicq-Exemplet a été retrouvée; elle date de 1916. On est en pleine guerre, et dans le village quasi désert, les enfants posent sur la route de La Châtre. Ils portent des blouses grises ou noires, de grandes chaussettes en laine dans des sabots en bois. Albert est le plus petit, sa soeur Octavie le tient, et ses deux autres soeurs Marcelle et Jeanne sont près de lui.
Quelle adolescence pour Octave! Il avait 13 ans quand la guerre a éclaté. Son père alors âgé de 35 ans, était parti comme les autres hommes.
Étant le plus jeune des 5 enfants, Albert n'a guère connu son père dans sa petite enfance, sauf à son retour. Mais un souvenir est resté vivace . Il avait trois ans , quand, lors d'une permission de son père, il a été frappé par la couleur bleu horizon de l'uniforme qu'il portait.
Quelle était la vie dans ce petit village, niché dans le fond du Berry, à la limite de la Creuse. Les soirées sans télévision, sans...ordinateur, avec le feu de bois pour seul chauffage, et la lumière faible qui obligeait à se coucher de bonne heure. Henri ne plaisantait pas avec l'éducation de ses enfants, comme certainement beaucoup de familles, et dès le retour de la guerre, il a appris la musique et le métier de sabotier/coiffeur à ses enfants.
Dur apprentissage! Albert a commencé la musique dès l'âge de 5 ans, son père exigeant alors 3 ans de solfège, 1 heure tous les jours à midi. Albert voyait et entendait ses camarades d'école jouer dans la cour de l'école, juste en face de chez lui, pendant qu'il apprenait par coeur les règles du solfège. Une heure encore chaque soir. A 8 ans, il lisait couramment ses 3 clés (clé de sol, de fa et d'ut). Bien que son père fut très strict, cela n'a jamais puni Albert, au contraire, la musique l'habitait déjà dès son plus jeune âge.

La musique, une affaire de famille
Lors d'une assemblée, Albert avait acheté une petite flûte à bec. Son père l'ayant entendu en jouer, a surgi, attrapé l'instrument et l'a cassé en deux, en disant: «tu ne toucheras pas un instrument de musique avant de bien connaître le solfège!»
Le père Henri, très bon musicien, jouait de la clarinette et du violon. Il avait fait cinq ans d'armée dans la musique avec entre autres, le grand violoniste Jacques Thibault qui lui apprit le solfège et le violon. Il formait à la Belle Époque de 1900 une belle équipe avec son frère Jules pour animer les noces de campagne tout autour de vicq-Exemplet.
Après trois longues années de solfège étudié à partir de 5 ans sous la férule de son père, Albert a appris le violon pendant quatre ans. Sa connaissance du solfège, le milieu familial composé de musiciens, et un don certain pour la musique, font qu'il apprendra rapidement à jouer d'autres instruments qu'il trouvera à sa portée...
Octave joue de la clarinette, de l'accordéon, du saxophone et c'est très tôt un fin cornemuseux. Albert découvrira la vielle à 13 ans quand Constant Lafarcinade qui vient d'être élu président des Gis du Berry, ami personnel de son père lui apporte une vielle. Octave est déjà membre de cette société depuis un an ou deux comme cornemuseux et Albert va suivre l'exemple. Personne autour de lui ne joue de cet instrument traditionnel. Il s'apprend donc tout seul à jouer et à s'accorder. A la même époque, il achètera une trompette d'harmonie et seul avec une méthode, il apprendra à jouer.
Très vite, le jeune Albert entre à l'harmonie municipale de La Châtre, et, été comme hiver, à bicyclette, il va suivre la famille entière qui va de vicq-Exemplet à la sous préfecture pour les répétitions: le père, l'oncle, le frère, et même le cousin Manigault.
Il sera à quinze ans soliste à l'harmonie fédérale regroupant 200 musiciens de l'Indre, venant de châteauroux, Issoudun, Argenton, et, La Châtre et dirigés par Mr Bernet, le chef de l'harmonie de La Châtre. Il obtiendra en 1947, un premier prix dans un concours international à Bourges. A 16 ans, de la même manière, il apprendra le violoncelle et pendant plusieurs années fera partie d'un orchestre symphonique à Saint Amand Montrond.
Comme le dit George Sand, la musique est une passion tyrannique, «une rude maîtresse pour des gens comme nous», reconnaît le «grand bûcheux» (un fin cornemuseux) qui ajoute «nous n'avons point la tête assez forte pour ne pas prendre le vertige sur les hauteurs où elle nous mène.»

Le temps des bals, noces et assemblées
Son premier bal, Albert l'a joué à l'âge de 12 ans, au Châtelet-en-Berry. Ensuite, il a joué pratiquement tous les dimanches (la semaine il fallait aller à l'école!) Il a beaucoup joué, dans ces bals, du banjo-alto (instrument d'accompagnement).
Lesfrères Daugeron, Octave et Albert vont de noces en bals de campagne, prendre la suite du père Henri et de l'oncle Jules. En ces temps là, les noces de campagne duraient deux bons jours et réunissaient 250 à 300 invités. Une noce ne pouvait se dérouler sans des musiciens. Bien avant d'avoir vu le curé et le maire, on retenait les Maîtres Sonneurs du Berry comme on disait. Avec la panoplie d'instruments qu'ils maîtrisaient si bien, les frères daugeron étaient très demandés partout dans le Berry, Indre et Cher. Albert a joué sa première noce à 14 ans, après avoir quitté l'école, à beddes dans le Cher: vielle et cornemuse en défilé, puis bal traditionnel alterné avec les autres instruments. A partir de ce moment là, c'est en moyenne deux fois par semaine qu'ils joueront en public.

Les Années 1930
L'aîné de cette famille ainsi fondée, va se tailler une bonne réputation, à la société des Gâs du berry, aux côtés de Gaston Rivière, l'Père Blaut, Guillemin ou Joseph Fleuret. Il va très vite être rejoint par son cadet dans l'appellation des «Frères Daugeron».
Avril 1930: sortie à Nice
Deux ans plus tard c'était les fêtes du millénaire de Carcassonne. Partout les Gâs du Berry remportait un vif succès comme le montre l'article de presse paru le 23/04/1930 dans l'»Eclair de Nice»:
«Et voici les Gâs du Berry dont le chef, Mr constant Lafarcinade et les exécutants portaient la vieille blouse bleue de France aux plis raides et le feutre noir rabattu sur les yeux. Douze gâs et six accortes berrichonnes composaient la troupe. des vielleux et des cornemuseux rythmaient les danses et accompagnaient les chants. Les braves berrichons nous ont chanté et dansé de vieux airs puisés directement dans le folklore de leur contrée. Ils nous ont surtout exhibé un jeune virtuose de la vielle, Mr Gaston Rivière, qui tire de son moulin musical, des effets inattendus et charmants. Les Frères Appaire, deux vieux du groupement jouent, eux aussi fort agréablement, et les Frères Daugeron possèdent un répertoire fort curieux de vieux airs du XVIIIème siècle. Gros succès pour tous et nombreux rappels.»
C'est à Menton toujours au cours de cette sortie de 1930, que se passe l'histoire connue chez les Gâs du Berry, sous le nom du «coutiau»
«Ils déjeunèrent dans un hôtel cosmopolite, où chacun avait un garçon pour le servir. Le pain était donné avec des pinces. Le Président leur demanda de ne pas utiliser leur «coutiau» personnel, mais celui qui leur était présenté en couvert. La consigne fut respectée jusqu'à la fin du repas, mais à cet instant, l'un deux sortant d'un geste instinctif de sa poche son dit coutiau, s'en servit alors comme d'un cure-dent.»

Jacquette de la K7 faite en 1998
Albert Daugeron s'est éteint à l'âge de 84 ans, en 1999, après une vie dédiée à la musique. Il nous laisse ses musiques et son talent de musicien que l'on continue d'apprécier au travers de ses disques, de sa cassette vidéo et de nos souvenirs.